Elafonisi

Une semaine de légende en Crète

Avouez le, à la lecture du titre, vous pensez sûrement que nous sommes partis pour un récit de vacances rocambolesques entre amis, semé d’anecdotes incroyables sur des méfaits divers qui se seraient produits entre deux verres d’ouzo, à la Very Bad Trip. Vous ne vous tromperiez qu’à moitié car des récits épiques, il y en aura dans ce texte. Sauf que les histoires que nous allons explorer ce sont produites il y a parfois des milliers d’années.

L’objectif : un itinéraire de road trip de six jours pour explorer la partie ouest de la Crète, de Matala à La Canée, en passant par Elafonissi et Rethymnon, avec en prime un arsenal de légendes locales.

Le programme :

JOUR 1 : D’Héraklion à Matala

Après avoir longé la côte grecque, l’avion se pose à l’aéroport d’Héraklion, plus grand ville et capitale de la Crète. La voiture de location récupérée, nous filons déjà vers le sud, destination Matala, petite station balnéaire de la côte sud.

Notre petite Suzuki de location traverse la plaine de la Messara, principal foyer agricole de l’île, longeant le mont Ida (également appelé Psiloritis). Et niveau légende, ça commence très fort. Car, d’après les histoires, c’est dans une grotte situé sur cette montagne que serait né Zeus. Cronos, le père de Zeus, était un Titan, un dieu de la première génération. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’avait pas un caractère facile. Obsédé par son pouvoir, et vivant dans la crainte de voir quelqu’un voler sa place, Cronos écarte du pouvoir quiconque ressemble à un rival…y compris ses propres enfants, Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon, qu’il dévore allègrement naissance après naissance. A la naissance de son sixième enfant, Rhéa, la compagne de Cronos s’enfuie et cache l’enfant dans une grotte de Crète où il sera élevé par des chèvres et des nymphes (les Méliades). C’est ainsi que Zeus réchappa à l’appétit de son père et put libérer ses frères et soeurs (dont Héra qui deviendra sa compagne – on savait s’amuser à l’épque).

La plaine de la Messara

Nos premiers kilomètres nous plongent donc déjà dans la légende. Et en arrivant à Matala, après environ une heure et demi de route, c’est une toute autre histoire qui s’ouvre à nous.

Matala est une petite station balnéaire de la mer de Libye, qui ne fut longtemps qu’un petit village de pêche avant d’être découvert par une communauté hippie qui s’installa dans les grottes autour de la ville. Du jour au lendemain, Matala devint un passage obligé sur le trajet des hippies vers l’Asie.

Aujourd’hui Matala comporte une plage de sable très agréable et un front de mer avec de nombreux restaurants et hôtels. Aucun problème donc pour se loger et se nourir dans le coin. C’est une excellent point de chute pour une pause dans la région. C’est les pieds dans l’eau que nous passons cette première soirée en Crète, et le coucher de soleil sur les falaises de Matala par cette longue journée du mois de juin vaut le détour.

JOUR 2 : De Matala à Chora Sfakio

Si Matala fait un excellent point de chute c’est parce que le village se situe à deux pas des sites archéologiques de Phaistos et d’Agia Triada.

A Phaistos se trouvent les traces de l’un des plus grands palais de l’île, remontant à l’époque minoenne, qui tire son nom du célèbre roi Minos. Là encore, on doit les légendes autour de Minos à la présence de Zeus en Crète. Visiblement nostalgique de ses jeunes années sur l’île, Zeus quittait parfois l’Olympe pour revenir en Crète, seul ou parfois accompagné. C’est ainsi que lorsqu’il tombe amoureux d’Europe sur une plage du Liban, il décide de l’enlever et de la ramener en Crète pour y vivre cet amour interdit en toute discrétion. De cette union naît Minos, le plus célèbre des rois de Crète (mais un peu plus à ce sujet plus loin lors de notre voyage…).

Les ruines de Phaistos

Du palais, il ne reste aujourd’hui plus que des ruines, le lieu n’ayant fait l’objet d’aucune reconstruction. Situé au sommet d’une colline, le site reste tout de même incroyable grâce à ses jolies vues. Très exposé au soleil, il vaut mieux venir tôt le matin pour éviter la balade en plein cagnard parmi les vieilles pierres.

Le site de Phaistos
Vue sur les montagnes depuis les ruines de Phaistos

Après cette visite matinale, direction la petite ville côtière d’Agia Galini pour une pause fraîcheur bien méritée (au passage, il est possible de faire un crochet par le site d’Agia Triada, un autre palais en ruine, pour les amoureux de vieilles pierres). Peu de chose à signaler côté Agia Galini mais la ville a le mérite d’avoir une petite plage et quelques jolies rues en pente, ce qui permet de se dépoussiérer un peu après toutes ces visites en plein air.

Plage d’Agia Galini

Nous reprenons ensuite la route en milieu d’après-midi pour parcourir les quatre-vingt et quelques kilomètres qui nous séparent de notre destination du jour : le petit village de Chora Sfakio. Pas un long trajet a priori, mais c’est sans compter sur les nombreuses choses à voir en chemin et sur les routes (la plupart du temps en très bon état au demeurant, mais lorsque l’on est plus habitués aux plates départementales normandes qu’aux petites routes de montagne crétoises, il y a un léger temps d’adaptation qui ralentit la conduite).

Avec un léger détour sur le chemin, il est possible de visiter le très joli monastère de Preveli, situé au sommet d’une falaise d’où s’ouvre une très belle vue sur la mer. A voir également sur la côte vers Chora Sfakio : le village de Plakias ainsi que les ruines du château de Frangokastello.

Le village de Plakias

L’arrivée à Chora Sfakio en fin de journée a queque chose d’un peu magique, au fur et à mesure que l’on voit les petites maisons blanches apparaître sur le rebord des montagnes quasi désertiques. Le soir, une brise légère souffle sur la promenade en bord de mer où s’alignent restaurants et tavernes.

jOUR 3 : De Chora Sfakio à Paléochora

Si Chora Sfakio vaut le détour, c’est parce que le village constitue un excellent point de chute pour effectuer la traversée de la rive sud de la Crète en bateau (aucune route ne longeant la côte directement de ce côté-ci de l’île). Un ferry partant de Chora Sfakio permet de ralier les villes de Loutro, Agia Roumeli, Sougia et Paleochora.

Nous ne ferons pas de stop à Loutro. Ce petit village, intégralement piéton et quasiment coupé du monde, nous fait pourtant un peu de l’oeil avec ses petites maisons blanches et son eau turquoise. Mais impossible de débarquer à Loutro avec une voiture, nous nous conterons donc de l’admirer de loin.

Le village de Loutro vu depuis le ferry

A Agia Roumeli, en revanche, tout le monde descend pour la journée. Si Agia Roumeli ne compte qu’une centaine d’habitants, la population explose en période touristique, le village constituant l’entrée des gorges de Samaria (ou la sortie, selon le sens de la randonnée). Longue de quasiment seize kilomètres, les gorges de Samaria font parties des plus longues gorges d’Europe. A leur point le plus étroit (« les portes de fer »), elles ne sont larges que de trois mètres. Sur les hauteurs des gorges on peut apercevoir les kri-kri, les chèvres sauvages de Crète qui escaladent la paroi avec une agilité incroyable.

L’entrée des gorges de Samaria

Après cette visite d’Agia Roumeli, nous repartons en direction de Paleochora. Située sur une presqu’île quasiment à la pointe sud-ouest de la Crète, Paleochora, avec ses quasiment 3.000 habitants, est l’un des plus grands villages de la région. Et qui dit presqu’île dit plage de part et d’autres. Une destination idéale pour une pause en cours de voyage.

Les côtes sud de l’île, aux alentours de Paleochora

jour 4 : De Paléochora à La Canée

Le départ depuis Paléochora est matinal, l’objectif du jour étant de ralier la Canée après avoir passé la journée à la plage d’Elafonisi.

Elafonisi est un nom qui fait rêver tous les amateurs de la Crète et de belles plages. Située sur le sud de l’île, la particularité de cette prequ’île est son sable rose, parsemé de traînées noirs, qui en contraste avec l’eau turquoise forme l’un des plus beaux paysages maritimes au monde (au moins! l’exagération n’est pas de trop ici). L’endroit est très touristique, mais la taille de la zone permet tout de même à chacun de trouver un petit coin de tranquilité.

Tranquille, en revanche, n’est pas le mot parlequel on pourrait qualifier le chemin situé entre Paléochora et Elafonisi. Une route bétonnée permet pourtant de rejoindre Elafonisi depuis Paléochora avec un léger détour, et en calme. Les étourdis qui ont un problème de manipulation du GPS prendront en revanche un chemin de terre, pas du tout adapté aux véhicules de location, sur lequel ils mettront à peu près deux heures à parcourir huit kilomètres au bord d’un ravin, en plein soleil du mois de juin craignant à chaque caillou de voir exploser leurs pneus. Je vous laisse deviner de quelle équipe nous avons fait partie.

Une journée à Elafonisi passe vite entre farniente et exploration, et nous voilà déjà repartis direction La Canée (comptez au moins une heure et demie de voiture, les chemins de montagne étant parfois tortueux).

La Canée (ou Haniá) est la principale ville touristique de l’île. Ancienne capitale de la Crète, le centre-ville de la Canée est particulièrement splendide, grâce à son port vénitien et à la mosquée des Janissaires, son principal monument. Le quartier de Topanas (le centre historique) regorge de petites ruelles fleuries et ombragées où s’alignent tavernes, restaurants et petites boutiques de souvenirs.

jour 5: De La Canée à Rethymnon

Une autoroute côtière relie les villes de La Canée et Rethymnon, mais nous choisissons de nous aventurer dans les montagnes à la découverte du lac de Kournas, le seul lac de Crète. D’après la légende, un ancien village se tenait auparavant à l’emplacement du lac. Les moeurs du village étant pour le moins…spéciales, Dieu aurait préféré faire disparaître le village, l’innondant d’un lac. Les fantômes rôderaient encore sur la rive. Pas de fantômes à déplorer lors de notre visite, juste une eau étonemment verte mais à la température parfaite.

Autre pause sur le chemin entre La Canée et Rethymnon ; le village de Georgiopouli. Alors attention, le village est clairement à destination d’une clientèle russe plutôt fortunée si l’on en croit la quantité de panneaux en cyrillique et le nombre impressionnant de vendeurs de fourrure de luxe au mètre carré. Mais Georgiopouli a tout de même du charme avec sa petite église blanche sur la jetée.

Comme La Canée, Rethymnon comporte un centre historique plutôt bien conservé, remontant à l’époque ottomane et à l’époque vénitienne. Troisième plus grande ville de Crète, Rethymnon est une ville vivante et étudiante, dont les petites ruelles sont très animées en début de soirée.

jour 6 : De Rethymnon à Héraklion

Dernier arrêt de notre voyage, entre Rethymnon et Héraklion : le tristement célèbre monastère d’Arkadi. Célèbre pour son magnifique bâtiment, mais surtout pour avoir été le siège sanglant de la révolte crétoise contre les ottomans à la fin du 19ème siècle. Réfugiés dans le monastère, une centaine de résistants crétois, hommes, femmes et enfants, tinrent le siège pendant trois jours. Acculés dans la poudrière, les résistants préférèrent faire exploser le monastère plutôt que de se rendre.

Après cette visite, la boucle est bouclée, nous voilà de retour à Héraklion. Si la ville d’Héraklion n’est aujourd’hui plus vraiment célébrée pour sa beauté (le centre-ville reste mignon cela dit), on a quand même gardé le meilleur pour la fin côté mythes et légendes. Car c’est aux alentours d’Héraklion, plus précisément vers le palais de Knossos, que se situerait le célèbre labyrinthe du minotaure.

Petit retour sur la vie du roi Minos que nous avions déjà croisé à Phaistos. Minos, qui souhaitait plus que tout démontrer qu’il était vraiment le roi le plus puissant du coin, demanda à Poséidon de lui faire apparaître un majestueux taureau qu’il pourrait sacrifier pour prouver sa puissance (rien de mieux pour prouver sa puissance que de montrer que les Dieux nous obéissent). Mais malheur, le taureau que fit apparaitre Poséidon était tellement beau que Minos décida de l’épargner. Trahison suprême pour Poséidon qui entra dans une colère terrible en voyant le geste de Minos. Pour se venger, Poséidon ensorcela le taureau pour qu’il détruise la ville et séduise Pasiphaé, l’épouse de Minos. De leur union naquit le fameux Minotaure, mi-homme, mi-taureau.

Minos demanda conseil à l’oracle de Delphes qui lui conseilla d’enfermer le Minotaure dans un labyrinthe construit par Dédale, le fameux architecte, et son fils Icare. Si tôt dit, si tôt fait, Minos fit construire un immense labyrinthe près de son palais, dans lequel il enferma le Minotaure.

Minos, visiblement pas plus perturbé que cela par l’évènement, poursuivit ses attaques sur les villes de la région, et réussit à assiéger Athènes. Suite à sa victoire, il ordonna que sept jeunes hommes et sept jeunes femmes d’Athènes soient envoyés sur son île pour être enfermés dans le labyrinthe du Minotaure….et y être dévorés. Pas de chance pour Minos, parmi les tirés au sort figurait Thésée, fils du roi d’Athènes, jeune homme particulièrement rusé. Arrivé en Crète, Thésée réussit rapidement à séduire Ariane, la fille de Minos. Celle-ci lui remet alors un fil, que Thésée déroula dans le labyrinthe pour retrouver son chemin. Victorieux du labyrinthye, Thésée réussit à tuer le minotaure et à s’enfuir grâce au fil d’Ariane (qu’il abandonna d’ailleurs sur place sur le chemin du retour vers Athènes).

Fou de rage, Minos tint Dédale et Icare responsables de ce malheur. Décidé à les punir, il les enferma dans leur propre labyrinthe pour y être abandonnés. Il en fallait toutefois plus pour arrêter Dédale. Il construisit des ailes à base de plumes et de cire pour s’envoler du labyrinthe. Le plan fonctionna parfaitement et Dédale et Icare s’échappèrent victorieusement de Crète…jusqu’à ce que les ailes d’Icare, qui volait trop près du soleil, ne fondent et ne le précipitent dans la mer qui porte encore aujourd’hui le nom de mer icarienne (près des côtes de l’actuelle Turquie).

Alors certes, difficile de se représenter toute cette histoire palpitante en se baladant dans les rues d’Héraklion d’aujourd’hui. Mais quelque part, entre les petites rues de Crète, les légendes vivent encore, dans les histoires que l’on se raconte entre deux verres d’ouzo.

Pour voyager en Crète depuis son canapé

Dans son roman L’île des oubliés, Victoria Hislop nous emmène en Crète dans les années 30, au coeur d’une colonie de lépreux située sur l’île de Spinalonga à l’est de l’île,Un roman émouvant, qui a connu une adaptation en série, filmée sur place.

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