Pour notre balade du jour, suivez moi le long des quais de la Tamise, fleuve emblématique de Londres. Entre briques rouges, architecture victorienne, gratte-ciels modernes et marché animé, notre voyage nous emmènera à travers l’histoire de Londres.
Le départ : au pied du Tower Bridge
C’est depuis le quai de la Tamise que l’on perçoit le mieux l’immensité du Tower Bridge et de ses imposantes colonnes de pierre posées au fond de l’eau. Le sable est aussi gris que le ciel et les vagues du fleuve aussi maussades que la météo. C’est pourtant bien ici, au pied d’un escalier verdâtre et mousseux (du nom de Horselydown steps) que commence notre balade du jour, entre les cris des goélands et les rires des touristes. Ici, au pied du Tower Bridge, dans le quartier de Southwark.
L’occasion d’admirer les deux grandes tours grises de cet étonnant pont néogothique, célèbre dans le monde entier. Inauguré en 1894, le Tower Bridge est doté d’un système à bascule permettant au pont de se lever en cas de passage d’un navire. Pour la petite anecdote, ce système a fait l’objet d’un dysfonctionnement resté célèbre dans l’histoire le 30 décembre 1952. Et pour cause : le pont s’est ouvert sans prévenir alors qu’un bus à impériale s’engageait doucement sur la plateforme. N’écoutant que son courage, et pour éviter à son bus de s’écraser en arrière, le chauffeur a soudainement accéléré ce qui a permis au bus de « sauter » l’ouverture de quasiment deux mètres qui avait commencé à se former. Un acte de bravoure qui lui a valu une journée de congé.

Autour de Shad Thames
Ce fameux petit escalier où tout commence donne directement sur Shad Thames, longue rue de briques et d’anciens entrepôts, ornée de sombres passerelles. J’avais déjà eu l’occasion d’entrapercevoir cette rue lors d’un précédent passage dans le quartier et l’image de ces petits ponts zigzaguant entre ces hauts immeubles ne m’avait pas quittée. Dans mon imaginaire, Shad Thames représente tout ce que j’aime à Londres : les briques, les bâtiments que l’on devine chargés d’histoire et cette ambiance un peu mystérieuse (ne me demandez pas pourquoi, mais pour moi Londres est le cadre parfait pour les histoires de détective et de maisons hantées – pas étonnant que Sherlock Holmes y ait sa résidence).

En ce jour de février, l’occasion se présente enfin pour moi d’explorer le quartier. Le mystère se dissipe aussi vite que le brouillard et je constate bien rapidement que ces rues traversent la même révolution que de nombreuses autres : entrepôts et usines sont transformés en bars branchés et galeries d’art. Qu’à cela ne tienne, il faut reconnaître que la réhabilitation a été faite avec énormément de goût et d’attention et le patrimoine du quartier n’a rien perdu de son charme (à mes yeux en tout cas).
Je quitte un instant Shad Thames pour une ruelle qui me mène sur les quais hauts de la Tamise. Outre la vue sur l’autre rive (et le pont), la promenade permet surtout d’admirer le bâtiment de Butler’s Wharf, l’un des plus grands entrepôts de la ville achevé en 1873, en pleine ère victorienne. Comme les autres bâtiments du quartier Butler’s Wharf servait principalement à entreposer le thé, le café et les épices. Visiblement, aujourd’hui y on entrepose plutôt les appartements de luxe si j’en crois les annonces immobilières du coin.

De Saint Saviours Dock à Bermondsey
Le quai m’emmène jusqu’à une passerelle piétonne traversant le port de Saint Saviours (Saint Saviours Dock), situé sur la confluence entre la Tamise et la petite rivière souterraine de Neckinger. Je rêvasse un instant sur la passerelle en observant le vol des goélands et en essayant de m’imaginer toutes les histoires ayant été vécues ici. D’ailleurs, je ne dois pas être la seule à être inspirée par ce paysage car c’est là que Charles Dickens a choisi de situer une partie de l’intrigue d’Oliver Twist (bien avant que le quartier ne prenne sa forme actuelle cela dit).

Les rues du quartier de Bermondsey s’ouvrent à moi de l’autre côté du pont. D’apparence plus modeste et moins animées que celles de la rive opposée, je ne me fais toutefois pas d’illusion sur le niveau de vie local. Impression confirmée lorsque je vois une Porsche rentrer dans un parking souterrain. Il me faudra encore quelques tentatives à Euromillions avant d’espérer un jour pouvoir avoir un pied-à-terre par ici. Heureusement, marcher dans la rue reste gratuit.
J’en profite donc pour flâner longuement entre les différents entrepôts, tous extrêmement bien rénovés. Il est souvent facile de trouver une raison pour ne pas aimer quelque chose, mais il est souvent plus difficile de mettre le doigt sur pourquoi un endroit nous attire plus que d’autres (ou peut-être ai-je juste la critique trop facile). Mais toujours est-il que ces rues me plaisent énormément sans que je ne puisse réellement expliquer pourquoi. Les briques sans doute…





Le long de Queen’s Walk Vers Borough Market
Ma boucle terminée, je reviens vers Shad Thames et poursuit ma route sur une promenade aménagée le long de la Tamise (« the Queen’s walk« ). Celle-ci mène vers une zone plus moderne, constituée notamment de la place More London, grande place toute pavée de briques grises et cernée de bâtiments vitrées d’où l’on peut apercevoir le désormais célèbre Shard, plus haute tour de Londres du haut de ses 310 mètres (et l’une des plus hautes d’Europe) achevée en 2012.
Visiblement, lors de sa construction à la fin des années 2000, cette place avait été nommée pour le prix Carbuncle Cup du plus moche ensemble architectural du pays. Apprendre cette information me plonge dans de sérieux questionnements sur mes goûts esthétiques car je dois avouer trouver cet endroit plutôt réussi.

Je continue mon chemin vers Borough Market lorsque mon regard est attiré par la très belle cathédrale de Southwark (Southwark Cathedral) ainsi que par un petit bistrot planté dans une cour attenante. L’endroit paraît étrangement paisible, surtout lorsque l’on se souvient que le tout est situé au croisement d’une quatre voies et des voies ferrées (et que le temps que je prenne ma photo une bonne dizaine de personnes sont passées à côté de moi pour se rendre au marché situé juste à côté). La cathédrale abrite apparemment également un jardin botanique dont les origines remontent au Moyen-Age. Il n’y aura pas de visite pour moi malheureusement, l’endroit semblant fermé lors de mon passage.

Je suis le flot de la foule et descends un petit escalier longeant les rails permettant d’accéder sous le pont London Bridge et de rejoindre Borough Market.
Remontant dans ses origines au moins jusqu’au 12ème siècle (voire le 11ème d’après certains historiens), ce marché est considéré comme l’un des plus vieux de Londres et, surtout, l’un des plus renommés pour la qualité de ses produits. J’ai déjà l’eau à la bouche à imaginer les étals débordants de fromages et de scones. Mais inutile de chercher à arrondir les angles, l’endroit est noir de monde au point qu’il est impossible de se déplacer (et pourtant je suis a priori là hors saison touristique). Loin de moi l’idée de m’en plaindre car, étant touriste moi-même, je fais plus partie du problème que de la solution. Mais toujours est-il que toute volonté de déguster des spécialités locales sur le marché est rapidement tempérée par la foule et les immenses files d’attente devant chaque stand. Ce n’est donc qu’avec les yeux que je profiterais du marché (fort joli cela étant) avant de continuer ma route.






Clink Street
Je reviens vers la Tamise, en croisant au passage une reproduction du Golden Hind le navire du célèbre corsaire Francis Drake, avant de me décider à tourner dans la rue Clink Street attirée par les ruines d’un vieux bâtiment. Un panneau m’apprendra qu’il s’agit des ruines du Winchester Palace, un magnifique palais de style Tudor qui fut à son époque l’un des plus grands bâtiments de Londres et dont il ne reste aujourd’hui plus qu’un mur orné d’une rosace. Le tout se fond tellement dans le décor que les ruines sont aujourd’hui presque éclipsées par le reste de la rue et qu’il suffit de ne pas trop lever les yeux pour passer à côté de ce qui fut, à une époque, l’un des plus prestigieux bâtiments de la capitale.
Si j’étais plus philosophe, je me dirais sûrement qu’il y a une leçon de vie un peu ironique à en tirer, mais pour l’heure, je me contente d’être heureuse d’avoir eu l’idée de tourner au bon endroit pour voir cette vue assez originale.

Ma joie ne fait que s’accroître lorsque, continuant dans la rue, je tombe sur un réseau de galeries construit à côté de la prison de Clink sous les voies ferrées. Je passe mon tour sur la visite de la prison n’étant pas forcément intéressée par la collection d’instruments de torture présentée, et préfère aller faire du lèche-vitrine dans le tunnel de Clink Street. Ce tunnel inauguré pendant la période victorienne sur les traces d’une ancienne voie médiévale a récemment connu une belle rénovation.





A deux pas de là, la promenade sur les quais m’amène vers le Globe Theater, célèbre théâtre où Shakespeare a donné les représentations de nombreuses de ses pièces. Un petit rappel du fait que ce quartier était, à une époque, le quartier « chaud » de Londres où les habitants venaient s’encanailler entre deux représentations théâtrales et des chopes de bière (entre autres).
Arrivée au Tate Modern
Notre balade du jour s’arrête au niveau du Tate Modern, célèbre musée d’art contemporain. Pour être tout à fait transparente, je ne suis pas sensible à cette forme d’art et ne pourrai donc pas me prononcer sur les collections du musée en elle-même, celles-ci m’ayant laissé assez indifférente.
Je peux en revanche me prononcer sur le bâtiment, le musée étant installé dans le Bankside Power Station, une ancienne centrale électrique désaffectée en activité de 1891 à 1981. Et la réhabilitation est assez impressionnante aussi bien vu de l’extérieur que de l’intérieur. Bonne nouvelle : le musée est gratuit ce qui permet de profiter à la fois des œuvres et de l’architecture des lieux. Bonne nouvelle bis : il y a des fauteuils à l’étage pour profiter d’une petite pause et je dois admettre m’y être assoupie après cette belle balade.


Dans l’ensemble, ce parcours (somme toute assez court mais qui m’aura quand pris 3-4 heures, pause comprise) permet d’avoir un assez bon aperçu des différentes époques de Londres, des souvenirs du Moyen-Age et de la période Tudor, sur lesquels s’empilent des docks et entrepôts peu à peu aménagés en quartiers modernes et branchés. Un mélange des genres que l’on retrouve également à Shoreditch et qui fait le charme de la capitale anglaise.
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Pour continuer la balade à Londres :
- Découvrez le quartier de Shoreditch
- Découvrez le quartier de Notting Hill