Un été à Ischia

Dans son roman « l’Amie prodigieuse », l’auteure Elena Ferrante nous emmène à deux reprises en voyage sur l’île d’Ischia. Cette petite île de la Méditerranée est devenue tout aussi emblématique de cette histoire, que la ville de Naples à laquelle elle fait face.

L’été de ses quinze ans, l’héroïne, Elena, s’évade de son quotidien napolitain, le temps de quelques semaines afin d’aller travailler chez sa tante à Barano d’Ischia. Petite ville du sud de l’île, Barano d’Ischia s’étend entre les flancs du Mont Epoméo, volcan du centre de l’île, et la plage de Maromonti, large plage de sable de plus de trois kilomètres de long. Chaque jour, Lénu parcourt le chemin de la plage, sur les petites routes frappées par le soleil, au milieu de la végétation. Car grâce à la présence de terre volcanique, l’île d’Ischia est particulièrement fertile. Loin de vivre uniquement de la pèche, comme sa voisine l’île de Procida, Ischia regorge de plantations agricoles, et est aussi bien tournée vers la mer que vers la terre (le plat emblématique de l’île n’est d’ailleurs pas un fruit de mer, mais une recette de lapin aux herbes).

L’été suivant, Léna revient, accompagnée de sa fameuse amie prodigieuse, Lila pour que cette dernière puisse se reposer. Et le choix du lieu n’a pas été laissé au hasard, ni par l’héroïne, ni par l’auteure.

Ischia est, en effet, au début des années 60, un lieu de villégiature raffiné qui concurrence grandement sa voisine Capri.

Angelo Rizzoli, éditeur de son état, prend conscience de l’opportunité que représente cette île verdoyante si près de Naples, et se lance, au début des années 1950 dans un ambitieux plan de modernisation de l’île. Pas de bétonisation massive, mais le projet de transformer Ischia en un lieu de villégiature de luxe, entre plages paradisiaques et vignobles, sources d’eau thermales et bars huppés. Sa première entreprise est d’y construire un hôpital, qui porte encore aujourd’hui son nom, avant de s’attaquer à la construction d’hôtels de luxe aux alentours du village de Lacco Ameno. Avec le développement de l’hydroglisseur raccourcissant le trajet entre Naples et Ischia Ponte à seulement une heure, la classe aisée napolitaine prend l’habitude de passer ses week-ends dans les stations balnéaires de l’île.

Et bientôt, c’est au tour des plus grandes stars de venir se presser sur ces plages. En 1959, René Clément y tourne « Plein soleil » avec Alain Delon. Trois ans plus tard, en 1962, c’est au tour de Liz Taylor et de Richard Burton de venir s’installer sur l’île afin d’y prendre du repos entre deux scandales sur le tournage de Cléopatra, attirant dans leur sillage leur lot de paparazzi.

A l’époque où Lenu et Lila s’aventurent sur les plages et arpentent l’île à la recherche du grand amour, Ischia est donc l’endroit où il faut être vu. Pas étonnant alors que l’intrigue du deuxième tome repose sur les rumeurs et les faux-semblants, tous les personnages importants se retrouvant, le temps d’un été, au même endroit.

Que faire alors, si comme les héroïnes du roman, on souhaite passer un été dans la baie de Naples ?

On arrive en général sur Ischia depuis Naples après une traversée en hydroglisseur (parfois secouée) de la baie. L’arrivée se fait à Ischia Porto après avoir longé la petite île de Procida et ses maisons colorées, le Mont Epoméo se détachant peu à peu tel un rocher en plein milieu de la mer.

Non loin du port, les bus au départ de la gare routière d’Ischia Porto desservent quasiment tous les villages de l’île. En tournant dans le sens des aiguilles d’une montre le long de la route principal, le bus traverse tout d’abord Ischia Ponte, plus grande ville de l’île et siège du Castello Aragonese, principal monument d’Ischia. A la manière d’un Mont Saint-Michel, le château médiéval de pierre se détache dans le paysage, perché sur sa falaise.

Le bus prend ensuite le chemin du sud, plus accidenté et traverse Lido di Maronti (un « quartier » isolé du village de Barano), depuis lequel un chemin monte vers les falaises, permettant d’admirer la vue sur Capri et la plage de Maronti, plus grande plage de sable de l’île en contrebas.

A défaut de choisir le bus, il faut de sacrées jambes pour monter de la plage de Maronti jusqu’aux hauteurs de Barano d’Ischia. Et aussi un peu de courage, puisque l’on marche par moments directement sur le bord de la route, frôlés à chaque reprise par des automobilistes enthousiastes.

La route continue ensuite vers les villages de Fontana et Serra Fontana, longeant la Fonte delle Ninfe di Nitrodi, source d’eau thermale chaude. A ce stade, le chemin passe à flanc de colline et gare au croisement de bus. Les rétroviseurs s’entrechoquent, et les chauffeurs manoeuvrent patiemment et avec expérience sur leur minuscule route. En contrebas, à Sant’Angelo, on aperçoit un banc de sable reliant le village au rocher du Punta Sant’Angelo.

Au niveau de la ville de Panza, le bus longe le parc thermal des jardins de Poséidon (Parco termale Giardini Poseidon), l’un des plus grands parc thermal de l’île. Ou l’occasion de se prélasser dans l’eau chaude des sources tout en regardant la mer.

On remonte ensuite doucement vers la ville de Forio, petite station balnéaire agréable. C’est l’heure de se poser un instant au bord de mer, avec une glace, afin de profiter un moment du paysage (depuis le Belvédère di Zaro par exemple). Forio abrite également les jardins de la Mortella, magnifique parc aménagé par le compositeur anglais William Walton. Collection de plantes exotiques, fontaines, cascades, nénuphars géants et ambiances tropicales, le jardin est l’une des plus belles visites de l’île.

Après Forio, le bus traverse la petite ville de Lacco Ameno, célèbre pour son « champignon », étrange rocher posé au bord de la promenade. A Lacco Ameno, on sort au coucher du soleil, marcher le long de l’eau, une glace dans la main, en observant les nombreux gekkos qui se prélassent sur les façades. Une petite pizzeria se cache dans l’arrière-rue de la Via Pannella (Pizzeria Ferrara). L’endroit ne paye pas de mine avec ses petites tables sur le trottoir, mais l’on peut y déguster des vraies pizzas napolitaines à tomber. Pour ceux qui auraient des envies de baignade, une plage gratuite se cache au bout du chemin à l’ouest de la ville, dans une petite crique de sable (Lido di San Montano).

La route longe ensuite la falaise, décorée de lauriers-roses et de pins parasols, pour redescendre vers Casamicciola Terme. Casamicciola est l’une des plus grandes villes de l’île. Elle est surtout connue pour ses nombreuses sources d’eau thermale.

Notre boucle s’achève à Ischia Porto où le bus s’arrête pour marquer une pause. Pour ceux qui souhaiteraient continuer la balade, le roman l’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante (et son adaptation télévisée) permettent de prolonger ce voyage insulaire. A noter également que l’île a servi de décors à de nombreux films (et notamment Le corsaire rouge de Robert Siodmak en 1957, Vacances à Ischia de Mario Camerini en 1957, Plein soleil de René Clément en 1960 ainsi que son adaptation plus récente Le talentueux Monsieur Ripley d’Anthony Minghella en 1999) ce qui permet de se replonger à volonté dans ses magnifiques paysages.

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