Coup de coeur pour Trieste

Si je vous dis « ville italienne de bord de mer à l’histoire fascinante où l’ambiance méditerranéenne côtoie l’architecture austro-hongroise et où les pizzas rivalisent avec le goulash et les gâteaux slaves » vous me répondez ? Trieste, bien évidemment !

Trieste ne figure généralement pas sur la liste des priorités de visite lorsque l’on se rend en Italie (en même temps, vu le nombre de monuments et de villes magnifiques, la concurrence est rude) et c’est bien dommage. Dernière étape de notre road-trip européen qui nous a emmené de Lausanne à Budapest et de Vienne à Ljubljana, Trieste nous a ravis (et pourtant, j’ai été malade sur toute la durée de notre séjour – c’est donc dire à quel point la ville est belle si elle a su me charmer malgré une sévère intoxication alimentaire). Nous avions, sans le savoir, gardé le meilleur pour la fin. Plongez avec nous dans notre visite de cette ville fascinante, en espérant qu’elle vous charmera autant que nous l’avons été.

Rue typique du centre-ville de Trieste

Quelques mots pour commencer…

Une ville vallonée aux petites rues pentues, un centre historique pavé où un temple orthodoxe serbe côtoie une cathédrale paléochrétienne aux mosaïques byzantines, des cafés à l’ambiance viennoise où l’on sert des gâteaux à l’effigie de Sissi coincés entre une pizzéria et un restaurant de goulash, une grande place qui s’ouvre sur la mer où les marins viennent jouer aux cartes au coucher du soleil… Trieste, c’est tout cela et bien plus. Difficile de pointer du doigt exactement ce qui nous a plu car c’est surtout une succession de petits détails qui nous a charmés.

Mais avant de rentrer plus en détail sur ce qu’il y à voir à Trieste, revenons rapidement en quelques mots sur l’histoire de la ville.

Un simple coup d’oeil sur la carte nous apprend que Trieste est bizarrement positionnée par rapport au reste de l’Italie (signe en général annonciateur d’une histoire mouvementée). La ville est en effet située sur une étroite bande de terre au nord-est du pays qui s’avance vers la Slovénie (ne laissant à son voisin slovène qu’un très court accès à la mer). La raison de cette particularité géographique est assez simple : jusqu’à la Première Guerre Mondiale, la ville était rattachée à l’Empire Austro-hongrois.

Mais revenons un peu en arrière. Trieste a été fondée au deuxième millénaire avant J.-C. et, ce qui n’était initialement qu’un petit village de pêcheurs, devient un important port sous la période romaine. A la chute de l’Empire romain, et au gré des multiples invasions, l’histoire s’accélère. Trieste devient, tour à tour, byzantine, lombarde (au huitième siècle), indépendante, vénitienne (de 1369 à 1372), autrichienne (seizième siècle), espagnole (seizième siècle toujours), à nouveau autrichienne (seizième siècle à nouveau – décidément, il s’en passait des choses à cette époque), française (sous Napoléon, bien évidemment, who else?), austro-hongroise (à partir du dix-neuvième siècle), jusqu’à devenir officiellement italienne en 1915. Pffiou. Une sacrée histoire dont chaque période a laissé des traces sur la culture et l’architecture de la ville.

Maintenant que nous y voyons un peu plus clair sur le pourquoi du comment Trieste est devenue une ville aussi atypique, plongeons plus en détail dans ses petites rues pour voir plus précisément de quoi il en retourne.

Trieste, de nuit

La Città Vecchia

La Città Vecchia est le nom donné au centre historique de Trieste comprenant le cœur historique de la ville et s’étendant vers le sud-ouest autour de la Via di Cavana. Beaucoup de petites rues où il fait bon se perdre entre les immeubles aux façades rose, jaune et ocre. Le quartier garde une ambiance méditerranéenne mais il y a tout de même dans l’air un petit soupçon d’Europe Centrale.

Notre coup de cœur du quartier : la Piazza Attilio Hortis et son joli square ainsi que la Via di Cavana et ses nombreuses terrasses. L’occasion de goûter à la gastronomie locale, loin des traditionnelles pizzas et pâtes italiennes. Car à Trieste, on pratique surtout le mélange des genres culinaires. A tester donc si vous êtes de passage dans la ville (ou à reproduire chez vous pour une ambiance typique Frioul-Vénétie-Juliennoise):

  • La jota : une soupe locale à base de choucroute, pommes de terre et haricots ;
  • Le goulash : cette soupe nationale hongroise à base de viande, de paprika, d’oignons et de pommes de terre est très populaire à Trieste ;
  • La viande de porc bouillie servie avec de la moutarde et du raifort ;
  • Le ragoût de tripes (pas le plus évident à reproduire chez vous, je vous l’accorde) ;
  • Le liptauer : de la pâte à tartiner à base de lait de chèvre ou de brebis assaisonné au paprika utilisé en base pour des sandwich ou sur des toasts (celui-ci, en revanche, est très simple à faire maison – je vous en livre une recette à la fin de l’article)…

La Piazza Unità d’Italia et le Mole Audace

La Piazza Unità d’Italia est une majestueuse place s’ouvrant sur la mer en plein cœur de la ville. Datant du dix-neuvième siècle, la place abrite quelques un des plus beaux bâtiments de la ville comme l’Hôtel de ville, le Palais de la Lieutenance autrichienne (mon coup de cœur de la place, incroyablement bien rénové), plusieurs élégants palais italiens (Palazzo Stratti, Palazzo Stratti, Palazzo Pitteri) ou encore le Palais Lloyd Triestino. La place a beau s’appeler « Place de l’unité italienne », on comprend tout de suite en la visitant qu’il s’est quand même passé beaucoup de choses ici avant que Trieste ne devienne totalement italienne.

Le Palais de la lieutenance autrichienne
La Piazza Unità d’Italia
L’Hôtel de ville de Trieste

Depuis la Piazza Unità d’Italia, on peut rejoindre le Molo Audace en quelques pas. « Petite » jetée de quasiment deux cent cinquante mètres de long, le Mole Audace est un lieu de promenade populaire, surtout en soirée. Pendant notre visite nous avons d’ailleurs assisté à un coucher de soleil magnifique sur le ponton. Et pourquoi ce nom Mole « Audace »? Et bien, Audace était le nom d’un torpilleur qui fut le premier bateau italien à accoster à Trieste à la fin de la Première Guerre Mondiale. Un nom aux origines beaucoup moins calmes que ce que la bonne ambiance du ponton pourrait laisser penser.

Matinée brumeuse sur le Molo Audace
Coucher de soleil sur le Molo Audace

Autour du Canal Grande di Trieste

Le Canal Grande di Trieste est un beau canal s’enfonçant dans le centre de la ville où il fait bon se promener les soirs pour y admirer les superbes bâtiments de la ville comme le Palais Gopcevich, l’église Saint-Antoine (Chiesa parrocchiale di Sant’Antonio Taumaturgo), le temple orthodoxe serbe de la Sainte-Trinité-et-Saint-Spiridion (Tempio serbo-ortodosso della Santissima Trinità e di San Spiridione) et bien d’autres.

Et il n’y a pas que les bâtiments aux alentours du canal qui valent le coup d’œil car, lors de notre visite, nous avons eu la joie d’apercevoir une petite raie se baladant élégamment dans l’eau (ainsi que plusieurs méduses – en vérité tout aussi élégantes mais tout de même moins sympathiques).

L’église Saint-Antoine
L’église de la Sainte-Trinité-et-Saint-Spiridion

Les alentours du canal sont aussi saupoudrés de référence à James Joyce, à commencer par le Ponte Curto rebaptisé Passaggio Joyce et le Ponte Rosso et sa statue de l’auteur. Le romancier irlandais a en effet vécu de nombreuses années à Trieste où il fut professeur d’anglais. Il n’est pas d’ailleurs pas le seul écrivain à avoir posé ses valises à Trieste, ville visiblement particulièrement populaire dans les cercles littéraires, sans doute grâce à ses nombreux cafés. A l’instar des villes comme Vienne et Budapest, Trieste abrite en effet de nombreux cafés qui ont servi de lieu de rencontres intellectuelles et littéraires au fil des années. Les plus connus sont sans nul doute le Caffé Tommaseo (l’un des plus vieux établissements de la ville ouvert en 1830 et l’un des premiers à avoir mis à l’honneur l’une des plus célèbres spécialités italiennes : la crème glacée), le Caffé Degli Specchi situé sur la Piazza Unità d’Italia ou encore le Caffé San Marco et ses belles décorations (les sculptures au-dessus du comptoir reproduisent des petites feuilles de café). Et si Trieste est aussi connue pour ses cafés, c’est aussi parce que c’est le lieu de naissance de la marque de café Illy (fondée par un hongrois du nom de Ferenc Illy), célèbre pour avoir développé l’une des premières machines automatique à expresso. Les amateurs de café du monde entier doivent donc énormément à la ville de Trieste.

Souvenirs de Sissi

Sur les hauteurs de Trieste

Si Trieste est avant tout un port, elle n’en reste pas moins extrêmement vallonée ce qui donne l’occasion d’aller explorer les collines environnantes.

Parmi les merveilles que recèlent Trieste, on peut notamment citer le Castello di San Giusto, ancienne forteresse datant du quinzième siècle, construit sur le terrain du Forum de Trieste où l’on peut apercevoir quelques restes de la ville romaine (des anciens poteaux principalement).

A deux pas de là, se situe la Cathédrale de Trieste (Basilica cattedrale di San Giusto Martire). Cette Cathédrale, à l’aspect extérieur très sobre, abrite un joli secret : à l’intérieur se cachent des mosaïques byzantines magnifiquement bien conservées qui à elles seules valent le détour grâce à leurs dorures éclatantes.

Mosaïques de la Cathédrale de Trieste

En bonus: la recette du liptauer, pour un soupçon DE TRIESTE

Comme promis, pour vous plonger un peu dans l’ambiance de notre voyage, voici une recette de liptauer (également appelé körözött en Hongrie). Cette pâte à tartiner est très populaire en Europe centrale comme base de sandwich ou pour l’apéritif (en Hongrie, elle se mange notamment tartinée sur du pain idéalement agrémenté de poivrons frais).

Comme beaucoup de grands classiques, il y a autant de recettes de cette crème que de famille, mais la version ci-dessous est un basique qui vous permettra de préparer un bol pour environ 8 personnes.

Ingrédients :

  • 500 g de faisselle ou de cottage cheese ;
  • 20 cl de crème fraîche ;
  • 100 g de beurre mou ;
  • 1 oignon rouge ;
  • 1 cuillère à soupe de paprika doux en poudre ;
  • 1 cuillère à soupe de cumin en poudre ;
  • Sel.

Préparation :

  1. Mélanger la faisselle avec la crème fraîche et le beurre jusqu’à former une pâte homogène.
  2. Eplucher l’oignon rouge et le couper en morceaux très fins (voire le râper).
  3. Incorporer l’oignon en morceaux dans le mélange faisselle-crème fraîche-beurre.
  4. Assaisonner le tout avec le paprika, le cumin et le sel.
  5. Laissez reposer au frais quelques heures avant de servir.

Bon appétit, et à bientôt !

Ce ne serait pas l’Italie sans tomate…

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