Shirakawa-Go

Voyage à Takayama et à Shirakawa-Go

L’image de petites maisons en bois de Shirakawa-Go sous la neige est l’une des plus connues du Japon, de celles que l’on retrouve dans toutes les listes des incontournables à visiter dans le pays. Et pour cause, en plus d’abriter des paysages naturels magnifiques, la région dispose également d’une culture et d’une gastronomie très riches, comme en témoigne son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Un patrimoine que l’on retrouve aussi dans les rues de Takayama, plus grande ville de la région.

Les paysages de cette zone rurale et montagneuse du Japon ont inspiré les décors de l’excellent dessin animé « Your Name » de Makoto Shinkai sorti en 2016. Un film poétique aux images tout simplement incroyables, à ne manquer sous aucun prétexte pour tout amateur d’animation japonaise.

C’est cette belle région du Japon que nous partons découvrir aujourd’hui.

En route pour Takayama

Après quelques jours passés à Tokyo, nous quittons la calme frénésie de la grande ville pour partir à la découverte des Alpes japonaises, et plus précisément de Takayama et de la région de Shirakawa-Go, nichée dans les montagnes à l’ouest de Tokyo.

La première partie du voyage s’effectue à bord du Shinkansen, le fameux train à grande vitesse japonais. Mis en service pour la première fois en 1964, le retard moyen constaté sur ce réseau depuis sa création est de…30 secondes. Autant dire qu’il n’y a pas à s’inquiéter de rater sa correspondance. D’ailleurs, pour l’anecdote, alors que nous nous rendions à la gare, nous avons été témoins d’une alerte info exceptionnelle, relayée dans tout le métro, pour nous annoncer que l’un des trains du réseau avait eu cinq minutes de retard.

Pas besoin de stresser non plus de ne pas trouver son quai, puisque les voies de départ sont connues des mois à l’avance, et très bien indiquées. Même en ne parlant pas un mot de japonais, on se repère assez vite dans l’immense gare de Tokyo.

Si l’on n’a pas peur de se perdre dans le dédale des couloirs de la gare de Tokyo, on peut en revanche se perdre dans le dédale du choix des kiosques de la gare. Pas de sandwich triangle ici, mais des « ekiben », petites boîtes à bento garnies de viande, poisson, riz, légumes en tous genres, prunes marinées ou encore gingembre au vinaigre. On a l’embarras du choix, même si parfois (souvent) on ne comprend pas très bien ce que l’on achète.

C’est donc un ekiben mystère sur les genoux (a priori, c’était du boeuf aux prunes marinées), et confortablement installés dans ce qui est sans doute le TGV le plus spacieux et efficace du monde, que nous regardons le paysage défiler devant nous. Le shinkansen longe la côte vers le sud pendant plus d’une heure, frôlant sur sa droite le majestueux Mont Fuji.

Le changement de train s’effectue à Nagoya, en très exactement neuf minutes, et pas une seconde de plus.

Le second train est plus rustique d’apparence, et dégage une étonnante odeur d’essence. C’est plus tranquillement qu’il nous balade le temps des quatre heures de trajet entre Nagoya et Takayama. Au début le train traverse la campagne peuplée de petites maisons, mais très vite nous nous retrouvons à slalomer entre les sapins au bord d’une rivière cerclée de rochers. Le voyage passe d’autant plus vite qu’une petite voix préenregistrée nous détaile l’histoire des endroits que nous traversons (la visite guidée par train, un concept original). Et les surprises sont nombreuses dans ces montagnes. A l’angle d’un virage nous apercevons même un singe dans les arbres.

Le centre historique de Takayama

Après quelques heures de cette agréable route, nous voilà arrivés dans les rues de Takayama.

Nous repérons rapidement notre hôtel situé près de la gare, le Takayama Ouan. Sorte de ryokan (hôtel traditionnel) modernisé, on se déchausse dès l’entrée pour laisser les chaussures dans un casier, et l’on profite en chaussettes du confortable tatami de l’hôtel dans les parties communes. Au passage, le monsieur de l’accueil en profite également pour désinfecter nos valises. On n’est jamais trop prudents.

En cette fin d’après-midi de mars, nous partons à la découverte de la vielle ville de Takayama, le quartier de Sanmachi.

Takayama a gagné le surnom de « petite Kyoto », grâce à son centre historique bien préservé. Les rues du quartier de Sanmachi-Suji dans l’hypercentre sont un parfait alignement de maisons aux panneaux de bois aux portes coulissantes, qui abritent des brasseries de saké (la spécialité de la région), des restaurants de boeuf wagyu (l’autre spécialité de la région).

Si la ville de Takayama a été officiellement créée à la fin du dix-neuvième siècle, la région est occupée depuis l’ère Jomon, la préhistoire japonaise et a donc eu le temps de développer une histoire extrêmement riche. La ville est historiquement connue pour ses charpentiers très qualifiés (ce qui explique la beauté de toutes ces petites maisons de bois). Les artisans de Takayama étaient si réputés qu’ils étaient, au Moyen-Age, exemptés d’impôt…mais devaient en échange se rendre à la capitale pour y proposer gratuitement leur talent de charpentier. Cette tradition du travail du bois se retrouve dans les magnifiques façades du centre et dans les meubles et sculptures, principalement en bois d’if, que l’on peut acheter dans les boutiques traditionnelles du centre. Cette méthode de sculpture traditionnelle porte le nom d’Ichii-Ittōbori.

Le chemin Higashiyama Teramachi, LE QUARTIER DES TEMPLES

Mais il est déjà tard lorsque nous arrivons dans le centre, et les magasins ferment tôt. Pas de shopping de bois pour nous donc.

Heureusement, le charme de Takayama ne réside pas seulement dans ses boutiques.

La ville est également connue pour le « Higashiyama Teramachi« , un parcours de marche d’environ quatre kilomètres qui traverse le quartier de Teramachi (le quartier des temples) et permet de visiter les quelques treize temples bouddhistes et cinq sanctuaires shintoïstes à l’est de la ville. Si l’on suit au début scrupuleusement les indications des panneaux, on se perd en réalité très vite, bien plus guidés par là où nos pieds ont envie d’aller.

Ce quartier de Takayama est en réalité un doux mélange de ville, de campagne et de forêt. Par cette fin de journée de mars, la faible lumière qui brille encore ne fait que renforcer cette impression de douceur. Il fait froid (très froid même, comme en témoignent les restes de neige qui ne fondent pas au soleil), et pourtant on se sent comme dans un cocon chaleureux…et un peu mystique aussi.

Au détour d’une rue, nous traversons un champs bordé par un lac au milieu duquel trône un temple dans l’eau. Un bancal escalier de bois conduit à un second temple, perdu dans l’obscurité de la forêt, à côté d’un cimetière de pierre où les derniers rayons du soleil se reflètent sur la neige.

Le chemin enneigé continue à travers les arbres. Les sapins se mêlent aux cèdres centenaires dans un calme quasi absolu, troublé uniquement par le bruit d’un groupe d’adolescents qui joue au basket non loin, seul rappel que nous sommes en réalité encore en plein milieu de la ville.

Onsen, WAGYU et saké

La nuit qui tombe rapidement sur Takayama (et peut-être la faim aussi), nous pousse à revenir vers notre hôtel, en flânant tranquillement parmi les belles rues de la ville.

Le sanctuaire Hida Sanno-Gu, qui a servi de modèle aux décors du film « Your Name »

De retour à l’hôtel, il est temps de tester les traditionnels bains japonais, avant le dîner.

La région des Alpes japonaises est réputée pour ses bains d’eau de source thermale (onsen). De nombreuses villes se sont ainsi construites autour de ses sources, et sont reconnaissables grâce à leur nom comme par exemple Gero Onsen, Oku Hida Onsen (une ville regroupant plusieurs onsens) ou encore Nagaragawa Onsen qui sont sûrement les villes thermales les plus connues de la région.

Quelle que soit la ville, la marche à suivre est quasiment toujours la même : on laisse d’abord ses affaires dans un petit casier (toutes ses affaires…les onsens n’étant accessibles qu’intégralement nus), puis on passe dans un second espace où l’on peut se laver intégralement, assis sur une petit chaise en bois face à un miroir. On peut ensuite enfin accéder au bain tant convoité, parfois en extérieur, à l’eau souvent très chaude (avoisinant en général les 40 degrés). Les bains ne sont pas mixtes, et il est en général interdit d’y accéder si l’on est tatoués.

Certains ryokans et hôtels proposent leurs propres bains. On peut également trouver des bains publics dans quasiment toutes les grandes villes du pays. On parle alors d’onsen s’il s’agit d’eau thermale, ou de sento si l’eau n’est pas thermale.

Après « l’effort », le réconfort : il est déjà temps de dîner, et de goûter aux spécialités locales.

La région de Takayama est particulièrement connue pour sa viande de boeuf : le hida-gyu (boeuf de Hida). Le boeuf de Hida est une viande très tendre et persillée issue du boeuf wagyu, le célèbre boeuf noir du Japon (le même qui nous donne le fameux boeuf de Kobé, sans doute la viande la plus réputée au monde). Parmi les autres spécialités de la région, on retrouve aussi le ramen de Takayama, une variante de la célèbre soupe au nouilles, et également le mitarashi dango, une brochette de boulettes de riz grillées au soja.

Mais l’autre vraie star de la région, c’est le saké, le fameux alccol de riz japonais. Cette boisson est produit à Takayama depuis le 17ème siècle, et à son âge d’or, la ville comptait pas moins d’une soixantaine de brasseries. Si le saké de Takayama est aussi bon, ce serait principalement grâce aux écarts de température : la région des Alpes japonaises est en effet celle où les écarts de température entre le jour et la nuit, et entre l’été et l’hiver sont les plus importants ce qui serait très bénéfique à la production du saké. Aujourd’hui, la ville ne compte plus que six brasseries, mais chacune produit un alcool au goût bien distinct.

Visite du village d’Ogimachi, à Shirakawa-Go

Le lendemain, le réveil matinal nous mène jusqu’au village d’Ogimachi, le plus connu des villages de la région de Shirakawa-Go, et aussi (surtout) le plus accessible en transports en commun depuis Takayama. Il ne suffit en effet que de quarante-cinq minutes de bus à travers les montagnes pour rejoindre Ogimachi depuis Takayama (quarante-cinq minutes de bus, précédées d’au moins dix minutes à essayer de comprendre comment acheter un billet à la gare routière – heureusement, le chauffeur du bus est venu à notre secours pour prendre en main la réservation et nous permettre d’être du voyage). Les deux autres villages de la région, Suganuma et Ainokura, ne sont accessibles qu’en voiture.

Le village d’Ogimachi est célèbre pour ses maisons de style « gassho-zukuri« . Ce nom fait référence aux toits de chaume très pentus de ces maisons traditionnelles, qui rappellent la forme de mains jointes pour la prière (« gassho-zukuri » signifie « paumes réunies »). Dans cette région montagneuse, les hivers sont rudes, et la forme très inclinée des toits permet d’évacuer plus facilement la neige. Dans ces maisons, les familles vivaient en général au rez-de-chaussée, plutôt bas de plafond pour faciliter le chauffage des pièces, les combles étant utilisées pour l’élevage de vers à soie. Beaucoup sont encore aujourd’hui habitées, mais certaines ont été reconverties en gîte, où il est possible de passer la nuit.

Les rues d’Ogimachi sont quasiment vides lorsque nous arrivons de bon matin (une aubaine apparemment car le village, très touristique, serait parfois extrêmement fréquenté). Ce qui frappe de première abord, c’est le calme absolu qui règne sur le petit village. Partout, on entend le bruit de l’eau qui se faufile à travers les rizières, et le chant des oiseaux. Quelques voix s’élèvent par-ci, par-là lorsque nous longeons les maisons, et nous croisons les habitants vacant à leurs occupations.

Le village n’est pas très grand mais l’on peut quand même s’y balader pendant des heures. Certaines des maisons se visitent ( les plus connues sont la maison Wada qui aurait quasiment trois cents ans et la maison Nagase, anciennement habitée par le médecin du village). L’occasion de découvrir l’intérieur traditionnel des fameuses gassho-zukuri. En traversant la rivière, on peut également découvrir le Shirakawago Gassho Zukuri Minkaen, musée d’architecture en plein air, consacré à ces maisons traditionnelles.

Pendant notre visite, nous faisons également la rencontre, un peu plus inhabituelle, d’un furet.

Un furet se cache sur cette image

Légèrement en hauteur du village, un point de vue (auquel on peut accéder en bus ou à pied) situé sur l’emplacement d’un ancien château permet d’admirer la vue sur ces petites maisons, avec les montagnes en un très joli arrière-plan. Des aigles (ou peut-être des faucons) tournent autour de nos têtes pendant que nous admirons la vue.

Redescendus de nos hauteurs, nous partons à la recherche d’un endroit où nous réchauffer. C’est un peu par hasard que nous découvrons une ancienne maison de café (le « Kyo Traditional Coffee Shop »). La petite maison de bois est basse de plafond, mais ses grandes vitres laissent rentrer la lumière et nous permettent d’admirer la vue sur le temple situé en face. Assis par terre, face à la fenêtre, nous savourons un café délicieux dans un calme absolu. Nous échangeons quelques mots avec les propriétaires avant de partir.

C’est sur cette ambiance apaisante que s’achève notre visite de Shirakawa-Go, avant de poursuivre notre voyage vers Kyoto.

En pratique :

Se rendre à Takayama / Shirakawa-go :

Se rendre à Takayama depuis Tokyo : le trajet en train dure environ quatre heures et comporte une escale (à Matsumoto ou Nagoya). Le trajet coûte entre 50 euros et 100 euros selon les périodes. Le trajet peut également s’effectuer en bus (compter alors environ six heures de trajet, mais un prix légèrement inférieur).

Se rendre à Takayama depuis Kyoto : le trajet en train dure environ quatre heures avec une escale à Nagoya. Le trajet coûte entre 50 euros et 100 euros selon les périodes. Le trajet peut également s’effectuer en bus (compter alors environ un peu plus de quatre heures de trajet, mais un prix légèrement inférieur).

Pour acheter son billet de train, il suffit de repérer son billet sur le site HyperDia (incontournable pour connaître les horaires et tarifs des trains, et faire son choix entre les différentes compagnies existantes). On peut ensuite acheter son billet de train directement aux bornes automatiques des gares. Pour les détenteurs du JR Pass (un abonnement permettant de voyager en illimité temporairement sur les lignes de train Japan Rail), le pass couvre le trajet entre Tokyo et Takayama, à condition de bien rester sur les lignes de la compagnie JR Train.

Se rendre à Ogimachi depuis Takayama : un bus part de la gare routière de Takayama à peu près toutes les heures pour Ogimachi. Le trajet dure entre quarante-cinq minutes et une heure et coûte environ 20 euros.

Se rendre dans la région de Shirakawa-Go : les autres villages de Shirakawa-go (Suganuma et Ainokura) ne sont accessibles qu’en voiture. Attention : les routes sont parfois fermées en hiver.

Se loger à Takayama / Ogimachi :

Takayama comporte de nombreux hôtels, et notamment de nombreux ryokans traditionnels (dont les prix peuvent être très conséquents). Il est également possible de se loger à Ogimachi, certains maisons faisant également gîte.

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